Piranhas : les (petites) dents de la rivière
Suite au succès des Dents de la mer de Steven Spielberg en 1975, de nombreux producteurs tentent d’exploiter le filon des tueurs aquatiques. Mais dans cette marée de mauvais films tournés à la va-vite, un seul réussit à sortir fièrement la tête de l’eau : Piranhas, initié par Roger Corman et tourné par un tout jeune réalisateur : Joe Dante.
1978. Trois années après le raz-de-marée des Dents de la mer, les producteurs s’intéressent de très près à tout ce qui peut tuer dans l’eau. Des pieuvres, des orques, des crabes, tout y passe, en espérant faire sauter la banque comme l’a réussi Spielberg (9 millions de dollars de budget pour 470 millions de dollars amassés à ce jour). Pour la qualité, on repassera. Pourtant, quelques films sortent du lot. Et parmi ceux-là, une production signée Roger Corman, tournée avec un budget évidemment ridicule (environ 600 000 dollars) et confiée à un jeune metteur en scène débutant de 32 ans : Joe Dante. Son titre ? Piranhas (Piranha pour la version originale, ndlr.). Son slogan ? « Vous avez été choqué par le grand requin blanc… Maintenant, vous êtes à la merci de 1000 mâchoires ! ». Le ton est donné !
Un scénario vaseux, mais drôle
Le pitch tiendrait sur une écaille de poisson : des piranhas modifiés par l’armée sont libérés dans une rivière où, manque de chance, une colonie et un camp de vacances se sont installés.
Pour révolutionner le genre, on est mal barré ! Mais là où Joe Dante va réussir son coup, c’est qu’il va distiller un peu d’humour tout au long de son film, donnant à Piranhas de faux airs de comédie, voire de pastiche. On n’est pas non plus dans la franche rigolade, mais plutôt dans les clins d’oeil par-ci par-là, et quelques répliques savoureuses. Comme celle d’un employé du camp de vacances qui vient prévenir son boss du danger : « Les piranhas monsieur… » « Quoi, lesPiranhas, nom de Dieu ? » « Ils sont en train de manger les invités… »

Attention ça va couper
Piranhas ne se prend donc pas trop au sérieux. Avec son statut de série B, le film se permet ainsi d’aller plus loin que ce que pouvait proposer Les dents de la mer. Déjà, le film est plus gore. Oh, ça ne va pas bien loin, mais la chair est quand même déchiquetée par ces bancs de petits poissons voraces. Celle des adultes comme des enfants d’ailleurs, tant qu’on y est ! Eh puis quand ça a faim un piranha, ça ne laisse pas grand chose, ça ronge jusqu’à l’os ma bonne dame, et en un rien de temps. Et ça mange de tout hein, même de la poitrine de jeune fille topless (ah ben on n’attrape pas les spectateurs avec des cols roulés !) Et au passage, chaque festin (et ils sont nombreux !) est accompagné par des sons assez particuliers, qui s’avèrent vite très désagréables. Mais bon… Autre bémol, on ne voit que trop peu, voire pas, les bestioles en question. Joe Dante filme de telle façon qu’on ne peut que très rarement distinguer ses jouets voraces, capables de sauter hors de l’eau de temps en temps. Dommage…

Je ne m’étendrai pas sur le casting ou les performances d’acteurs, mais sachez que Joe Dante peut tout de même s’enorgueillir d’un casting pas crade : Kevin McCarthy (L’invasion des profanateurs, 1956) ou encore Barbara Steele (qui a tourné dans de nombreux films d’épouvante italiens). Je sais, ça fait un peu penser à du Ed Wood, mais bon…

Bref, disons-le clairement, Piranhas est un (très ?) bon film, qui sans dépasser son modèle, a réussi à se démarquer des bouses équivalentes de l’époque, notamment grâce au talent de son réalisateur, Joe Dante, qui connaitra par la suite une bien belle carrière (Gremlins 1 et 2 notamment), bien aidé pour cela par… Steven Spielberg, qui avait jugé Piranhas comme la meilleure copie de son blockbuster ! Comme quoi…

Voici le deuxième film qui a traumatisé mon enfance !! Après Les dents de la mer, je n’osais plus aller me baigner dans la mer. Eh bien après Piranhas, je n’ai plus oser me baigner que dans une piscine !!! Même si je ne l’ai vu qu’à travers la fente de la porte du salon (à 7 ans, on est censé dormir à 20h30), je n’ai pas raté une miette du massacre. Suite à ce film, ma production de cauchemar n’a jamais été aussi prolifique, ça m’apprendra à ne pas me coucher à l’heure !